Partie 1 - Probable effet d’un accès de fièvre hérétique : j’ai rejoint FrogSwarm. Autant le dire tout de suite : il ne s’agit pas ici de causer de ma petite personne. La plupart d’entre vous ne me connaissent pas, et parmi ceux qui me connaissent, vous êtes peu nombreux à avoir du temps à perdre à essayer de comprendre pourquoi un lambda-moyen aurait fait le choix de bondir dans la mare. Pour le dire vite : durant l’année qui vient de s’écouler, j’ai participé à deux projets collectifs de joueurs sur Star Citizen (RIFR et Asaheim). Les deux se sont plantés. J’ai des responsabilités dans la disparition de l’un et l’autre de ces projets, mais ce n’est pas le propos. Pour ce que j’en perçois, beaucoup d’organisations francophones de joueurs sur SC suivent inexorablement les mêmes destins : naissances, courte vie, disparition. Toujours, ce besoin de nommer des individus responsables de ces disparitions, ce besoin de les blâmer, cet appétit collectif que l’on se découvre à vouloir faire peser la honte et le méfait sur les épaules d’un individu isolé plutôt que de prendre le temps d’analyser les raisons structurelles qui conditionnent ces échecs successifs. J’engage la conversation sur cette thématique car je crois que l’idée que l’on se fait habituellement des Frog et le caractère systémique à l’origine de l’échec de beaucoup d’organisations francophones ont un dénominateur commun : la Croyance. Avec un C majuscule comme conformisme, contagion, crétinisme collectif ou encore cortège de crédules. C’est pourquoi je ne me contenterai pas seulement d’expliquer un choix, mais aussi – et surtout – de partager mon point de vue sur l’état de la prétendue « Communauté Francophone de Star Citizen ». Nous autres mammifères bipèdes à station verticale avons besoin de nous positionner politiquement : intégrer FrogSwarm, c’est une façon de le faire. Alors parlons-en. Du besoin de créer des frontières, et autres égocentrismes : Star Citizen est un jeu, en (pré)alpha, de type MMO, Sandbox et PVP. Ces cinq qualificatifs, a priori connus de tous, sont à mon sens les éléments essentiels à garder à l’esprit en permanence quand on cherche à construire une critique sur ce que l’on fait ici. S’il serait probablement utile de rappeler à certains ce qu’est un jeu de type MMO, je n’abuserai pas de votre temps de lecture en le faisant. Pour le dire vite : prendre du plaisir ensemble. Si cette définition simple vous rappelle quelque chose, et si vous ne prenez pas de plaisir dans ce que vous faites en jeu, c’est probablement qu’il vous faut changer de partenaire(s). PVP : n’en déplaise aux fantasques et autres adeptes de la spéculation à outrance : Star Citizen, sa conception, son origine, son projet, sa direction, son gameplay, bref, sa totalité, nous rappelle incessamment que ce jeu est conçu pour créer les conditions de la confrontation entre joueurs. Cette confrontation se décline de multiples façons, dans le metagaming comme dans le gaming. Bien sûr, il y’aura des zones safe, bien sûr celles et ceux qui voudront s’éviter l’usage d’une arme le pourront. Mais il est absurde de croire que la pratique du PvP est un élément pouvant être reproché à qui que ce soit dans ce jeu, quelle que soit la forme que prend cette pratique. Et si, pour justifier vos défaites, vos incompétences et vos vexations, vous ressentez le besoin d’importer des notions morales piochées IRL pour disqualifier l’activité des autres ; si la rencontre avec un missile est de nature à ébrécher l’idée que vous vous faites de l’image publique que vous tentez benoîtement de construire ; si votre égo se retrouve transpercé par les munitions de votre adversaire autant que la carlingue de votre Gladius ; si l’émotion vous pousse à crier « Ô manque de Fairplay ! » quand les efforts savants que vous mettez en œuvre pour créer les conditions de votre propre notoriété se vautrent dans la contrariété, alors, c’est qu’il est peut être temps de retourner jouer à Fortnite. Comme le disait Leo Ferré, n’oubliez jamais que ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres. C’est à boulets rouges qu’il faut tirer sur la morale ! Et s’il existe un domaine dans lequel ouvrir le feu sur les croyances des autres ne risque pas d’ôter la vie à qui que ce soit, c’est bien le jeu vidéo. (NdlA : au-delà de retourner sur Fortnite, il existe une autre méthode pour prévenir la vexation produite par les quidam qui vous entourent dans le Verse : « prendre du plaisir ensemble », mais tout seul. Vous trouverez la recette à la rubrique onanisme vidéoludique.) L’élément le plus important : Sandbox. Sandbox, pour dire que le sens de l’activité en jeu n’est pas donné en soi. Un jeu sandbox est un espace vide de sens a priori : le sens et la direction des activités sont le résultat d’une construction collective de significations réalisées par un groupe d’êtres humains. Rien d’autre. Une page blanche par défaut sur laquelle on dépose ce que l’on a envie d’y voir et d’y faire. Un espace de liberté, donc. Tout le paradoxe à mon sens réside dans le fait que malgré l’étendu de cet espace de liberté, « nous » passons notre temps à recréer des frontières et des catégories au sein même de ce qui pourrait devenir tout autre chose qu’une succession de cloisonnements. Ce sujet étant de nature à nous projeter dans un abîme de perplexité existentielle, je ne chercherai pas à le développer. Je crois simplement que ce que trahis la démultiplication des initiatives visant à créer en chaine des organisations à la vas-y-comme-j’te-pousse, c’est, précisément, ce besoin de produire du sens en recréant des frontières dans un espace qui en est dépourvu à l’origine. La nature a horreur du vide, l’homo sapiens sapiens aussi, faut-il le croire. Enfin, en pré-Alpha : faire exister ces frontières entre organisations de joueurs implique par essence de fabriquer des identités, des langages, des cultures, des inimitiés puis des mythes, dans le but de mettre en opposition chacune des catégories que nous avons fabriqué de toute pièce. C’est par l’opposition qu’existe la frontière. Pour le moment, Star Citizen ne nous proposant pas grand-chose à nous mettre sous la dent, ce n’est qu’en créant les conditions du conflit entre chacune des entités que nous avons nous même créées que nous nous donnons l’impression d’appartenir à quelque chose. Quelle erreur ! FrogSwarm est un cas particulier dans la dite « Communauté Francophone de Star Citizen » : qu’on les aime ou qu’on les déteste, pourvu qu’on se positionne par rapport à eux. Cette capacité à polariser l’attention et la tension renforce chaque jour un peu plus les mythes et les légendes qui circulent dans la « communauté » sans véritablement savoir si oui, ou si non, les Frog sont des mangeurs d’enfants, des méchants, des vilains, des traîtres, des coupeurs de têtes, exploitant des bugs au profit de la victoire à tous prix, ou si Kim Jong-un est le fils caché de Silmerias. (Sur le dernier point, je peux maintenant faire leaker l’info : c’est le cas.) (EDIT : Il semblerait que notre petite vidéo se soit faite striker par un missile balancé sur Youtube ... pas très fair play tout ça, @Terada ) (EDIT2 : la magie d'internet vient encore une fois de tordre le coup à la censure impérialiste : https://www.dailymotion.com/video/x7nnl5l ) (EDIT3 : et au cas où dailymotion se mette également à caresser le poil de l'Empire, ça se trouve aussi ici : https://tube.frogswarm.fr/video/terada-fairplay )